Zambie : Quand les rêves de récoltes sont brisées

Le premier trimestre 2022 a été marqué par des conditions de sécheresse dans les régions du sud de l’Afrique, en particulier en Zambie. Voici un aperçu des causes, des questions pertinentes et des personnes qui travaillent sur les mesures de prévention.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les petits agriculteurs sont les principaux producteurs de denrées alimentaires du pays, puisqu’ils couvrent jusqu’à 80 % des besoins alimentaires du pays.

Toutefois, leur capacité à accroître leur productivité est limitée par le coût élevé des intrants agricoles, l’insuffisance des infrastructures agricoles, la médiocrité des installations de stockage post-récolte et l’accès limité au crédit.

À cette situation s’ajoutent les ravages du changement climatique et de la variabilité météorologique dans la région, ce qui signifie que l’incidence des phénomènes météorologiques extrêmes — tels que la sécheresse — a menacé au cours de la dernière décennie une saison agricole essentiellement pluviale.

En fait, la Zambie se classe en première place dans un rapport de CARE International intitulé “Les crises humanitaires les plus sous-rapportées de 2021”, qui cherche à mettre en évidence les 10 crises qui n’ont pas fait la une des journaux au cours de cette année mais qui auraient dû en faire partie.

“Les sécheresses prolongées, le changement climatique, le Covid-19 et la pauvreté, qui touche principalement les femmes, ont rarement fait la une des journaux. En conséquence, le pays est passé à la première place des crises négligées en 2021 — avec seulement 512 articles en ligne enregistrés”, indique le rapport.

Selon les Nations unies, environ 235 millions de personnes dans le monde ont eu besoin d’une aide humanitaire l’année dernière, et ce chiffre devrait atteindre 274 millions d’ici à la fin 2022. À l’échelle mondiale, cela représente une personne sur 28. La faim est endémique et se répand.

Pour de nombreuses personnes, chaque jour est une lutte pour la survie, mais l’attention du monde s’est principalement portée sur le COVID-19 — et plus récemment sur l’invasion russe de l’Ukraine.

Mulako Kabisa, climatologue zambien, a déclaré à Jeremy Williams de la BBC : “La Zambie subit l’impact négatif de la variabilité du climat et du changement climatique depuis trois décennies. L’impact le plus important a été l’augmentation des températures et la diminution des précipitations, ce qui a entraîné des chocs climatiques, notamment des sécheresses et des inondations… L’économie étant agraire, le secteur fournit 22 % des emplois du pays. Ces changements dans les précipitations et les températures ont entraîné des mauvaises récoltes, la mort du bétail et une réduction de la contribution au PIB”, a-t-elle indiqué.

On ne peut nier le lien entre la sécheresse et le changement climatique, a poursuivi Mme Kabisa, les récents incidents de sécheresse de 2015, 2018 et la saison agricole de fin 2021/début 2022 s’avérant tous attribuables à la variabilité du climat et au changement climatique. “Les preuves locales et les projets simulés indiquent tous que les précipitations seront plus variables [à l’avenir], que la saison de production se déplacera et que les incidents de sécheresse (…) augmenteront en fréquence et en intensité”, a-t-elle déclaré.

Toutefois, grâce à un récent partenariat entre le Programme alimentaire mondial (PAM) et Good Nature Agro, plus de 30 000 petits exploitants zambiens ont bénéficié d’un programme de redressement après la sécheresse. Le programme s’adresse aux agriculteurs de cinq districts exposés à la sécheresse — à savoir Gwembe, Monze, Kalomo, Sioma et Shang’ombo — et vise à améliorer leur accès aux légumineuses à haut rendement et leur production.

Dans son dernier rapport de situation, les Nations Unies ont indiqué que, grâce à un programme de culture de légumineuses dans le cadre du partenariat PAM-GNA, 722 petits exploitants agricoles ont reçu près de 30 tonnes de soja, ce qui leur a permis de cultiver en abondance des plantes riches en nutriments. “L’amélioration de la nutrition étant l’une des priorités du programme national zambien, le PAM a continué à soutenir les efforts du gouvernement pour faire en sorte que les systèmes et programmes de protection sociale tiennent compte de la nutrition”, indique le rapport.

Les autres intrants agricoles comprenaient 440 tonnes métriques de niébé (haricot), d’arachide, de maïs orange et de sorgho, ainsi que 1,6 million de boutures de manioc. Le PAM a mis en relation les agro-commerçants avec les fournisseurs/producteurs de semences et 30 002 petits exploitants (dont 53 pour cent de femmes). Le PAM a ensuite acheté les haricots aux agriculteurs, améliorant ainsi leurs revenus et leurs moyens de subsistance.

Il convient également de souligner le travail de l’African Risk Capacity (ARC), une agence spécialisée de l’Union africaine (UA) chargée d’aider les États membres à améliorer leur capacité à planifier, à se préparer et à réagir aux événements météorologiques extrêmes et aux catastrophes naturelles, ainsi qu’à développer un produit d’assurance contre les épidémies qui permet aux gouvernements de protéger les populations à risque.

Un exemple récent est le paiement d’une assurance contre les risques climatiques de 7,1 millions de dollars au PAM Mali, qui aidera plus de 204 000 personnes vulnérables dans les régions du pays touchées par la sécheresse.

La stratégie du groupe 2020–2024 de l’African Risk Capacity (ARC) souligne, comme l’un des défis de son modèle d’alerte précoce à la sécheresse, à quel point il peut être difficile d’identifier correctement le “calendrier des cultures”.

En utilisant l’indice de satisfaction des besoins en eau (WRSI) pour modéliser la progression des saisons agricoles et des saisons de pâturage, l’ARC espère éliminer tout écart entre les estimations du modèle et la situation de sécheresse réelle en accordant la plus haute priorité à l’amélioration de la fonctionnalité de son logiciel.

De même, le Groupe ARC, composé de l’Agence de l’ARC et de l’ARC Ltd, sa branche financière, ambitionne de fournir jusqu’à 1,5 milliard de dollars de couverture à plus de 200 millions de personnes contre la sécheresse, l’insécurité alimentaire et les cyclones.

Mais le rôle vital des voix africaines à la lumière des résultats de la COP26 doit également être souligné, s’enthousiasme Mme Mulenga. “Il est temps de mettre en avant les voix de ceux qui sont le plus touchés par la crise climatique”, dit-elle, tout en soulignant le rôle important du journalisme et des services de médias dans ce processus. L’absence de voix africaines nuit certainement à l’équité des discussions internationales… [alors que] mettre en avant nos voix et nos expériences dans les conversations, les politiques et les solutions relatives au climat nous permet de mettre en valeur les idées et les histoires uniques que nous avons à raconter.

FIN

<sources>
https://www.fao.org/emergencies/countries/detail/en/c/161518
https://earthbound.report/2022/02/10/the-unreported-climate-crisis-in-zambia/
https://www.care-international.org/news/press-releases/in-the-shadow-of-the-pandemic-10-crises-that-didnt-make-headlines-in-2021
https://farmersreviewafrica.com/30-000-zambian-farmers-benefit-from-wfp-post-recovery-support/
https://www.arc.int/sites/default/files/2021-09/ARC-Group-Strategy-2020-2024_EN.pdf

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